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Table Des Matières

1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 14:16
Comment qualifier cette ville ?


Moiteur...

Chaleur...

Odeurs...

Couleurs...


L'on sent ici la proximité de l'équateur à tous les niveaux.

Et que de contrastes !

Le temps coule plutôt qu'il ne passe, en longues flambées de sueur au long des corps se mouvant doucement, dans la moiteur torride d'un climat sinon langoureux, pour le moins traînassant...


Beaucoup de locaux se promènent sous de vastes ombrelles ou sous des parapluies se transformant pour l'heure en parasoleils.

De lourds nuages menaçants passent et repassent dans le ciel, trépassant à l'occasion le bleu intense de rainures pluvieuses pareilles à des coups de lances où les gouttes explosent, pareilles à des œufs de cane, ajoutant quelques pour cents à l'humidité omniprésente que je pensais à son paroxysme...


ici, même le soleil, brûlant, ne parvient pas à assécher cette atmosphère lourde et oppressante, où l'eau paraît en suspens, invisible mais tenace.


Tristes tropiques disait Lévi Strauss ? Non !!

Moites tropiques !


Tout au long de la journée je me promène, naviguant au milieu des foules bruissantes, sages et disciplinées, dans les rues surchauffées où les piétons, malgré leur densité, font bien pâles figures au sein des cohortes motorisées défilant sans discontinuer, telles d'immenses fourmis affairées à d'obscures tâches.

Les feux verts nous laissent à peine quelques secondes, décomptées rapidement en cliquetis frénétiques, pour traverser ce flux ininterrompu de véhicules tout-puissants.


Afin de conserver quelque humidité dans mon corps, exsudant sans appel, par tous ses pores, toutes les gouttes disponibles, je louvoie de centres commerciaux surclimatisés en échoppes ventilées, me perdant parfois au cœur d'un musée, d'un temple hindou ou bouddhiste.


Que de couleurs dans ces lieux de cultes si étrangers !

Centaines de figurines bleues, roses, vertes, pâles et semblant danser au milieu des vaches sacrées ornant les frontons.

Une foule de turbans surmontant les yeux rouges au milieu des fronts et les barbes épaisses et en bataille, entre et sort, constamment, sous le regard indifférent de Vishnou, Kali ou Shiva, tandis que des bonzes, rouges et safrans passent, le regard perdu au delà des hauteurs himalayennes, en processions mouvantes vers le temple voisin, empli de dix milles bouddhas de toutes tailles.

Les mosquées jouxtent les églises, et ces foules disparates, ces fatras religieux, se côtoient ici dans une feinte indifférence, où la tolérance semble de mise.


Les odeurs, omniprésentes, ponctuent savoureusement mes promenades solitaires.

Les encens rituels laissent place à toute la variété de la cuisine singapourienne, composée de mille et un plats, de mille et une sauces.

Aux restaurants climatisés, je préfère les « hawkers », innombrables et pluri-ethniques :

Une cinquantaine d'échoppes minuscules proposent ici une étonnante diversité de nourritures, alléchantes pour les unes, déconcertantes pour les autres...

L'on réserve d'abord une chaise au milieu du fouillis ambiant, à l'aide d'un paquet de mouchoirs laissé là intentionnellement, puis l'on fait sa tournée des popotes, piochant de ci, de là, pour quelques centimes, des mets aux saveurs délicates, orientales et épicées.


Quel plaisir sensuel que ces mélanges gastronomiques qui composent l'assiette. Saveurs indiennes à l'influence chinoise, odeurs chinoises à l'influence arabe, c'est un véritable tour du monde des papilles, inondé de jus de fruits fraîchement pressés.


Ces cantines de plein air font le plein toute la journée, et l'on peut sentir au fil des rues leur proximité.


Mon petit hôtel de « Little India », l'un des quartiers de Singapour, en est entouré, mais pour changer, hier soir, j'ai choisi de manger juste en bas, chez « Moubarak », un petit resto arabe illuminé des mille feux de la fête du deepavali, éclairant les ruelles de ses lanternes et néons étincelants sous le regard bienveillant des divinités locales qui me saluaient de leurs membres surnuméraires.

Curry de mouton enrobé de riz et d'épinards finement hachés, dégustés lentement de la main droite, manque de couverts oblige.

Piments puissants, à peine rafraîchis par une grande bouteille d'eau minérale, et le tout pour six dollars, soit moins de trois euros...


Et, sous un déluge tropical dévalant au travers des rues fumantes, me voilà dans le train pour Kuala Lumpur, à l'arrêt de Johor bahru...


Suite au prochain épisode.

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 13:00

 

Je ne pouvais décemment pas quitter l'Australie sans en avoir vu son centre rouge, région aride de déserts que surplombe cet étrange monolithe orangé, Uluru.


Après six heures de bus depuis Kununurra, trou du cul du monde entre tous, et une nuit (encore !) passée à Katherine, me voilà embarqué à bord du Ghan pour 15 heures de trajet jusqu'à Alice Springs.


Ce train mythique relie Darwin, au nord, à Adelaïde, au sud. Sa voie fut construite grâce à l'aide de chameliers afghans et de leurs bêtes, relativement bien adaptées à la rigueur du climat désertique régnant ici : brûlant le jour, glacial la nuit, et une humidité quasi-inexistante.


Le train, confortable et bien équipé, avec douches et voiture restaurant aux tarifs plus qu'abordables, a couru toute la nuit, en ligne droite vers le sud.

Somptueux coucher et lever de soleil sur ces plaines dont les couleurs, oscillant de l'orange au rouge sang, sont parsemées de spinifex et d'acacias.


Une seule « ville » entre Katherine et Alice : Tenant Creek, cité minière où l'or affleurait encore à la surface il n'y a pas si longtemps.


L'on croit aisément, au vu d'une carte, que le rocher d'Uluru, autrefois appelé Ayers Rock, est proche d'Alice Springs, mais c'est oublier qu'en Australie les distances restent assez relatives...

En effet, 700 kilomètres me séparaient encore de ce caillou onirique, et je m'embarquai donc à bord d'un autobus proposant un tour organisé de trois jours et deux nuits.


Des heures et des heures de car, sur des routes désertiques et désertées, noirs rubans se déroulant au long de ces terres si rouges....


Impressions de solitude au milieu de ces paysages infiniment répétés tant l'horizon paraît lointain, au bout de cette platitude désolée...


Mais au bout de ce périple, tels des vaisseaux spatiaux égarés ici voici des millénaires, surgirent enfin au bout de la terre Uluru et ses sœurs, les Kata Tjuta, ou Monts Olga.

Immenses icebergs rouges, ou orangés, ou violets, selon l'heure du jour, dont seules apparaissent hors du sol leurs pointes érodées par des siècles de vents sableux.

Trois ou quatre cents mètres de hauteur, trois ou quatre kilomètres sous terre.

Ce qui ne laisse d'intriguer scientifiques du monde entier...


Les Kata Tjuta, ensemble de dômes parcourus par les vents, et Uluru, monolithe uniforme, sont seuls au milieu du désert. Seules éminences à des milliers de kilomètres à la ronde.

Une de ces facéties que la Nature aime parfois à nous faire découvrir.


L'on comprend aisément que ces sites furent de tous temps sacrés pour les Aborigènes locaux, et le lieu de rites d'initiation complexes.

Qui, en effet, ne se laisserait pas transcender par la majesté de ces lieux ?

Chaque minute y paraît différente de la précédente, et l'on pourrait passer ici une vie de contemplation, magnétisé par la grandeur environnante et la sérénité que ces « cailloux » semblent dispenser autour d'eux.


Même la nuit, couché au fond de mon « swag » à la belle étoile, alors que le feu se mourrait doucement sous les traînées filantes des comètes, je pouvais ressentir (effet de mon imagination ?) l'anormalité de ces lieux uniques, intemporels, et comme jetés hors du ciel pour célébrer quelque antique culte Lovecraftien.


Il m'a été difficile de m'arracher à cette contemplation, mais le Ghan retour, ne roulant que deux fois par semaine, ne m'aurait pas attendu, lui...


Anecdote :


La Todd River d'Alice Springs, toujours à sec, est le siège annuel d'une régate de « bateaux » construits à l'aide de canettes de bières métalliques vides, où tous les participants, à l'aide de trous percés au fond, courent à pieds dans le lit de la rivière.

Cette régate a été récemment annulée, à cause d'une pluie, fait rarissime, ayant fait couler la rivière...


Sacrés Australiens !

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 12:42
Flashback.


Il est 6 heures du matin, et nous venons à l'instant de fermer le camp pour la saison des pluies.


Les adieux à la communauté de Weemol furent touchants, notamment avec la famille de Philipp et June, avec laquelle j'aurai passé beaucoup de temps. Angela pleurait, Philipp m'a pris au moins 4 ou 5 fois dans ses bras, insistant pour me revoir l'an prochain, alors que June cachait sa tristesse derrière une feinte nonchalance. Leurs bras, et les miens, sont longtemps restés levés, bien après que le Oka eut avalé le dernier virage...


Hier, nous avons tronçonné les derniers arbres attaqués par les termites et qui menaçaient de tomber sur les tentes. Vous ai-je dit que par ici, l'on compte environ une à deux termitières au mètre carré ? Et qu'elles sont capables, en une nuit, d'élever devant une tente un début de maison de 20 centimètres de haut ?

Les dernières tôles sont maintenant fixées sur chaque entrée, afin d'empêcher ânes, chevaux ou buffles de batifoler gaiement à l'intérieur.

Le container est bouclé, et nous allons nous laver dans la rivière, avant de prendre pour la dernière fois la piste en direction de Katherine, que nous devrions atteindre vers midi.


Edgar, comme à son habitude, n'a fait qu'une bouchée de cette Arnhem Road, et nous voilà tranquillement attablés autour de la piscine du Pine Creek Motel, buvant une bouteille de vin qui, après deux mois de régime sec, tape un peu la tête.

Nous nous séparons demain, François et Yohann quittant l'Australie, Édouard et moi continuant plein ouest vers la mythique Gibb River Road pour rejoindre la « Western Australia ».


10 heures du mat', les niveaux du 4x4 ok, les adieux émouvants faits, après tant de jours passés ensemble au milieu d'un grand tout au milieu de nulle part, nous attaquons la route, direction Kununurra, porte d'entrée de la Gibb River. A peine 550 kilomètres à faire, de bonne route goudronnée qui plus est.

Mais ce qui devait être du beurre pour une bagnole comme mon Pajero se révèle être du saindoux, voire de la graisse à traire...

A mi-route, après d'inquiétants bruits tactacant dans le moteur, Edgar s'arrête, le con, au bord de la route, où personne ne passe... Après un rapide check-up du moteur, plus d'huile dans le réservoir, ça craint... Comme les niveaux étaient bons ce matin, une fuite a dû se produire et là de deux choses l'une, soit je me suis arrêté à temps, soit j'ai fait 100 mètres de trop et les pistons ont défoncé le moteur...

Je retranscris ici un extrait de mon carnet de bord...


« 15 octobre, 17h50 heure NT, S15° 51' 001'' E129° 54' 336''

... Au milieu du grand rien qui sépare les villes australiennes, me voilà comme un con depuis 2 heures, à attendre un mécano qui ne viendra peut-être même pas !

Une voiture de passage a embarqué Édouard pour Kununurra, dans le Western Australia, à 160 kilomètres d'ici. Il a dû arriver là-bas vers 17h30 et sera de retour au mieux à 20h, 18h30 heure du WA car nous changeons de fuseau entre les deux états.

Espérons que ce soit un problème mineur qui puisse éviter à Edgar d'être chargé sur un plateau, ou tracté comme une vulgaire caravane...

Environ 200 mouches vrombissent autour de moi, atterrissant sur ma peau, mes yeux, mon nez, et le soleil baisse sur l'horizon. Heureusement que j'ai une quinzaine de litres d'eau. Vivement Broome et l'Océan Indien, il me tarde de revoir la mer.


18h40 : La police est venue m'aider à pousser la bagnole sur le bas-côté, le mécano ne sera pas là avant demain. Yu hav' to spent th' night her'. Super !!

Une boîte de thon et du pain. Si seulement ces putains de mouches pouvaient se calmer et me lâcher la grappe !!

Dans une heure il fera noir, il faut que je m'organise.


16 octobre, 6h30

Les mouches sont déjà à l'attaque depuis une heure. Je bois mon deuxième café dans la voiture, c'est trop insupportable dehors. Hormis les moustiques, les B52 et consorts, et la chaleur, la nuit fût bonne. »


Le camion est arrivé vers 11 heures, et nous a tracté jusque Kununurra, au garage. Verdict à suivre, et direction le camping, ou je rencontre Anthony, cueillant des mangues en attendant que les pièces pour réparer sa bagnole arrivent, et Eddy, pédalant vaillamment autour de l'Australie.

Quelle douceur, et quelle saveur, que ces mangues fraîches, justes cueillies... Une explosion de plaisirs sensuels dans la bouche !

Ce bled semble décidément porter la poisse aux automobilistes français, le garage vient de m'annoncer que le moteur est mort, défoncé par un piston... Au minimum 5000 dollars, et un mois, pour les réparations ! Et MERDE !!!

C'est trop pour mes moyens.

La casse du village me propose 500 dollars pour la voiture, même pas le prix des pneus...

Alain me la reprendra 1000 dollars pour finir, et se démerdera pour la rapatrier sur Cairns.


Il est grand temps maintenant de prendre des décisions quant à la suite de mon voyage.

Edgar (paix à son âme) ne me permettant plus de voyager en Australie, et son prix de revente espéré abolissant définitivement ma recherche de bateau Australie - Asie ainsi que la suite ferroviaire de mon périple transasiatique, je vais devoir envisager des coupes sévères dans mon voyage...

Merci à Internet qui abolit les prix et les distances !!

Un lowcost Darwin - Singapour en avion pour 30€ HT (ce sera ma seule concession, mais je n'ai pas dit mon dernier mot à ce sujet),
un train Singapour - Kuala Lumpur pour 15€ TTC,
et Sophie de Mer & Voyages qui comme à son habitude, et malgré mes demandes et modifications répétées, m'a dégoté un Kuala Lumpur - Colombo - Suez - Damiette - Rotterdam - hambourg - Le Havre pour une somme raisonnable.

On applaudit Sophie !!!

Encore 10-15 jours sur le sol australien, une petite semaine en Asie et, qui l'eût cru, pas moi en tous cas, le retour sur notre Mer Patrie...

Bon vent !

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 10:08

Après la lecture du livre de François Giner, que je recommande impérativement à tous les amoureux de grands espaces et de vie authentique, j'ai eu le privilège de le rencontrer en personne à Lille, à l'occasion de la présentation de son ouvrage dans notre librairie, Autour du Monde.

 

Et me voici à nouveau dans son histoire, au cœur de son livre, avec pour toile de fond ce camp solitaire, planté là au beau milieu de la forêt...

 

Imaginez :

 

Après avoir quitté Katherine vers dix heures ce matin là, Edgar quittât la Stuart Highway, infinie bande de bitume, droite et ondulante sous le soleil déjà brûlant. 51 kilomètres de goudron, exactement, depuis la dernière ville de Blancs, et la route bifurquât à gauche pour s'enfoncer au sein des immenses espaces, quasi-inviolés, qui constituent la Terre d'Arnhem.

La Harnem Highway n'est en fait qu'une piste, qui la traverse d'ouest en est pour rejoindre la mer, à Nhulunbuy, près de 800 kilomètres au delà, et je savais ma destination lointaine, à mi-chemin, sans aucun moyen de communication avec quiconque.

François était mon seul permis pour traverser ces Terres Ancestrales, autrement interdites aux Munangas, les Hommes Blancs.

300 kilomètres de poussière à avaler, tantôt rouge, tantôt ocre, ou encore blanche. Heureusement, Edgar était préparé à cela, et l'équipement de survie s'entassait au fond du 4x4 : Cric, roues de secours, treuil, sangles, etc...

Sans téléphone-satellite, il fallait en effet se préparer à toute éventualité, car très peu de véhicules empruntent cette route, et le moindre accident peut avoir des conséquences très ennuyeuses.

Concentration intense sur cette piste inconnue, qui dévoilait patiemment sa variété, faite de sable blanc, de terre rouge ou jaune, et ponctuée de milliers de cailloux, de rochers, autant de pièges qu'il nous fallait éviter sinueusement sous peine de crevaison. Les creeks à sec en cette saison avalaient Edgar qui en ressortait vaillamment, ses quatre roues escaladant gaiement les pentes parfois escarpées de ces futures rivières.

Passée la communauté aborigène de Beswick, seule la forêt me séparait maintenant du camp, avec pour rétroviseur un nuage de poussière obstruant toute vision, et des milliers d'eucalyptus et de termitières de chaque côté.

Intensité des couleurs, rougeâtres, sur fond de ce ciel bleu métallique, si typique à l'Australie.

Les troupeaux de vaches encombrant la route, obligeant souvent Edgar à klaxonner pour les voir s'écarter nonchalamment, firent peu à peu place à d'autres animaux, sauvages ceux-là.

Les billabongs croisés, de ci, de là, laissaient échapper des nuées d'oiseaux multicolores,.

Les cacatoès blancs s'éparpillaient dans leur cacophonie rauque, les jabirus élégants perchés sur leurs longues pattes fouaillaient l'eau de leur grand bec, concurrençant les kookaburas dans leur recherche poissonneuse.

Des chevaux sauvages caracolaient impétueusement, se poursuivant dans des courses frénétiques, ponctuées de hennissement puissants, tandis que les troupeaux de buffles levaient à peine la tête sur notre passage, nous regardant curieusement, sans peur aucune. Des ânes traversaient parfois devant Edgar, et il fallait vraiment beaucoup de rigueur pour ne pas se laisser distraire de la conduite par cette nature puissante qui nous enserrait de ses liens sauvages.

Après le passage à gué de la rivière Mainoru, et quelques traîtres pièges sous nos roues, la bifurcation menant chez François apparût enfin sur la gauche, marquée d'un panneau si petit qu'il eut été facile de le laisser filer. Il m'avait dit « Tu ne peux pas te tromper, sinon tu fais demi-tour à Bulman, la prochaine communauté ». Les dix derniers kilomètres se sont roulés au pas, sur la piste resserrée. Il était 15 heures, et Bodeidei, dans toute sa splendeur s'étalait, comme dans un conte de fées devant mes yeux...

 

Imaginez :

 

De grandes tentes de pierres rouges, surmontées de moustiquaires, ouvertes à la lumière, sont éparpillées dans une clairière, avec en contrebas une source et une rivière qui chantonnent doucement au milieu des pépiements des oiseaux.

Les pièces communes, salles de bains, restaurant, cuisine sont ornées de fresques aborigènes racontant des histoires mystérieuses à nos yeux ignorants, et les tables décorées de paniers patiemment tissés par les femmes talabons, côtoyant des crânes ou des peaux de crocodiles, des pierres ou des fossiles, et des objets traditionnels, savamment disposés.

La sérénité est de mise ici.

Le feu brûle langoureusement, entouré de rondins où il fait bon s'asseoir alors que le vent bruisse dans les feuilles des arbres majestueux.

Sur leurs troncs sont pendus les trophées de chasse de François, peints des couleurs vives et minérales de cette terre, qui ombrent le sol de leurs cornes démesurées.

Le générateur ronronne au loin, tandis que les entrecôtes de buffle grésillent sur le barbecue.

L'eau de la source, pure et claire, me rafraîchit goulûment la gorge, après les tonnes de poussière avalées sur la piste, et je me sens heureux, de plaisirs simples et véritables.

Et le soir, allongé sur mon lit, sous la moustiquaire, l'écran géant de la forêt illumine devant moi son film aux échos nocturnes; les étoiles constellent le ciel, à peine dérangées par la lune montante, les feuilles craquent sous les pas d'animaux, chevaux, ânes, ou autres.

Quelques discrets hennissements ponctuent le croassement des crapauds, au rythme des cigales.

La lumière matinale, enchanteresse dans sa débauche violette et orange, réveille d'abord les kookaburas, qui lancent alors dans l'air encore frais de la nuit leur chant puissant et moqueur. C'est le signal, et tous les « hôtes de ces bois » se saluent alors dans une cacophonie pourtant mélodieuse.

L'eau siffle dans la bouilloire et le pain maison déroule ses volutes appétissants. La température est encore douce, et la nature se donne en spectacle, dans toute sa virginité ab origen.

 

François s'étant absenté quelques jours à l'étranger, je dépose les deux derniers volontaires à Katherine. 800 kilomètres dans la journée, en grande majorité sur les pistes sauvages n'ont pas épargné Edgar cette fois-ci. Crevaison à l'aller, crevaison au retour...

Ces accidents me ramènent à la nuit tombée au camp, à petite vitesse dans la lueur des phares.

C'est l'heure de pointe des animaux et il me faut faire très attention à ne pas heurter les quadrupèdes encombrant le chemin.

Évidemment, à l'immensité infinie de la forêt ils préfèrent ma route. J'ai dû ainsi suivre au pas un cheval qui ne daignait pas s'écarter, puis stopper net afin de ne pas percuter une famille de buffles qui traversait au feu rouge...

Et nous voici donc seuls, Yoann et moi, au milieu de ce camp, au milieu de nulle part.

Les journées se suivent et ne se ressemblent jamais, mélangeant travail et loisirs, et se déroulant à une vitesse aussi folle que celles passées à bord du Marfret Provence. Entretien et travaux divers, cuisine, nettoyage des deux gros toyotas, fabriqués maison, remplacement des poteaux mangés par les voraces termites, effeuillage des allées courant tout au long des bâtiments, les tâches ne manquent pas et nous ne ménageons pas nos efforts pour convaincre la nature de laisser Bodeidei intact.

Quand le garde-manger est vide, nous partons chasser un jeune buffle, soigneusement choisi. La fraîcheur et le calme du jour à peine levé sont le moment idéal pour débusquer notre proie, et, après avoir laissé cahin-caha quelques proies trop fluettes s'enfuir au milieu des arbres ou quelques fougueux mâles, coriaces et cornus, notre victime du jour tombe alors sous les balles du fusil de Yo.

Promptement attaché par les pattes arrières, la jugulaire tranchée, nous le hissons alors sur un arbre au moyen du treuil du 4x4, et le dépeçage commence.

Les couteaux, aiguisés la veille au soir, luisent férocement dans la lumière du soleil, et la peau du buffle, tailladée par le ventre, se décolle, laissant apparaître l'entremêlement des entrailles savamment tranchées, et jetées au loin, pour ne laisser que la chair vive à découper. Foie, cœur et araignée nous régaleront aujourd'hui, les autres morceaux seront congelés. Je coupe une corne en souvenir, et nous repartons hilarement, laissant aux fourmis, corbeaux et autres rapaces un festin qui n'aura d'égal que le nôtre.

Quel privilège de déguster cette viande on ne peut plus fraîche, juteuse et savoureuse, qui a grandi au sein d'un biotope parfait, loin des farines animales et autres inventions des occidentaux (dont je fais partie) trop pressés et si avides de déguster leur steak quotidien...

Ici au camp, les repas sont majoritairement végétariens, composés de riz, de pâtes et de légumes divers. Un peu de fromage, du pain, accompagnés de l'eau de la source suffisent à combler nos estomacs pourtant voraces, et exceptionnellement, un morceau de barbaque vient s'inviter à table, laissant nos papilles éperdues de plaisir...

 

Un énorme et vieux mâle nous a adopté, et passe ses journées à brouter l'herbe sèche autour des voiture, à quelques mètres à peine, nullement intimidé par notre présence. Quand il a trop chaud, il part pataudement se baigner dans la rivière en contrebas et seules ses cornes immenses, au dessus de ses naseaux soufflant dépassent de l'eau claire.

 

Parfois, nous partons en promenade, en « tour » comme on dit, et les splendeurs du bush se dévoilent alors à nous.

Au long de pistes délaissées, les billabongs grouillent de vie sous les coups d'ailes des aigles pêcheurs. Les gués traversés laissent entrevoir quantité d'oiseaux multicolores, et les buffles paissent paisiblement au milieu des termitières cathédrales orange, ou magnétiques grises. Nord-sud, on peut dire que ces insectes ont le sens de l'orientation !

Quelques pans de l'histoire aborigène se dévoilent pour nous. Gravures rupestres au fond de grottes préhistoriques, arbres ou sites sacrés dont l'histoire chantée depuis des millénaires résonne encore en ces lieux empreins d'une sagesse immémoriale.

 

L'accueil dans les villages, ou communautés, est chaque fois une fête. Les enfants accourent au devant du 4x4, l'escaladent à qui mieux mieux, dans un concert assourdissant d'exclamations en kriol.

Voici quelques jours, nous avons été chercher une famille afin de l'amener à un ou deux kilomètres du camp, voir le lieu ou l'un des leurs a été malheureusement trouvé la mort. Je ne pensais jamais que le Toyota supporterait une telle charge... 18 à bord, le Livre des Records aurait pu y consacrer une page entière, au grand dam des lames de ressort des suspensions !

Assis en tailleur sur un coin d'herbe, à fumer des cigarettes, Philip, un ancien, m'étreignait la main ou le genou de tristesse et a décidé de m'adopter, me renommant Wamut et me demandant de l'appeler « Dad' ». Je fus l'objet d'une longue discussion dans leur dialecte, dans laquelle il me présentait ainsi au reste de son clan. Je fais donc partie maintenant de la famille et me retrouve avec un nombre considérable de frères, sœurs, neveux ou nièces !

Timides au premier abord, le voile tombe vite et l'on se retrouve avec rapidement avec des myriades d'enfants sur les genoux, accrochés au cou, que les adultes vous confient alors qu'ils vaquent à leurs occupations au loin.

Au fond de leurs yeux brille une sagesse venue du fond des âges et leur gentillesse est extraordinaire.

Chaque lieu entrevu, rocher, grand arbre, source ou rivière, est nommé et fait l'objet d'histoires, chantées et transmises de générations en générations. Mais peu à peu, la télévision et le « rak'n'ral » remplacent les histoires des Anciens, et bientôt la globalité de cette culture sera à tout jamais perdue, pour le plus grand malheur des Hommes, noirs ou blancs...

Subsistance d'un monde plurimillénaire, tentant tant bien que mal de perdurer au sein des règles de la communauté blanche, totalement inadaptées à leur conception de la vie et de la nature...

 

Ainsi va la vie, et ainsi passe la vie du bushman, simple et véritable...

 

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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 07:49
Bonjour les ami(e)s, comment allez-vous ?


Je profite d'un petit break au long de ces routes chaotiques pour ressortir le clavier, et croyez bien qu'il faut du courage, par 36°, sans parler de l'humidité qui, jour après jour, gagne du terrain...


L'on s'était, je crois, quittés à Katherine, dans le Territoire du Nord.


Petite ville à la croisée de nombreux chemins, peuplée majoritairement d'aborigènes, à 350 kilomètres au sud de Darwin, elle est la porte d'entrée de la Terre d'Arnhem, bastion inébranlé de la culture de ce peuple plus vieux que le monde. Un million d'hectares pour quelques milliers d'habitants.

Il y a 60.000 ans de cela, alors que nos ancêtres peinaient encore à descendre de leurs branches et se tapaient déjà dessus avec tout ce qui leur tombait sous la patte, cette race mystérieuse sans lien évident, qu'il soit racial ou linguistique, avec ses voisins asiatiques ou pacifiques, avait déjà entrepris son exode et essaimé tout au long de cette terre australe.

Personne ne peut aujourd'hui expliquer comment ils ont pu atteindre cette grande île, sauf à admettre qu'ils ont découvert la navigation à voile au moins 30.000 ans avant n'importe quel autre peuple, et aussitôt oublié ou abandonné !...

Peuplade ô combien mystérieuse, gouvernée par le rêve, qui a su vivre en isolation totale et a conquis doucement la totalité de ce pays immense, des régions tropicales et moites du Nord à celles, froides et grisâtres du Bassin Antarctique, en passant par les désolations rouges et sèches du Grand Centre.

Peuplade qui ne connaît pas la guerre, en parfait accord avec la Nature, à tel point qu'ils prétendent lui appartenir et nomment et chantent chaque caillou, chaque arbre, toutes choses, afin de les faire vivre. A tel point qu'ils sont capables de vivre en plein désert, puisant l'eau là où elle se cache à nos yeux, ou au contraire s'accommoder d'une montée des eaux rituelle et annuelle de plusieurs mètres...

Le tout sur la terre la plus inhospitalière (si l'on excepte l'Antarctique) de notre planète.

En effet, géologiquement morte depuis plus de 60 millions d'années, avec seulement 2 ou 3 petits bassins fluviaux dans le sud-est, l'Australie a été patiemment lavée, débarrassée de tous ses sédiments, aplanie et laminée au fil des âges.

Ne laissant majoritairement que sable et poussière, avec des horizons si lointains que l'on pourrait parfois se croire en pleine mer, perdu au sein d'une immensité sans nom...


Mais ici, à Katherine, alors que la saison humide, le wet, se rapproche à grands pas, et que Mister le Soleil cogne à s'en déboîter les neurones, c'est une Australie plus verte et plus fournie que partout ailleurs.

Dans cette région, que l'on nomme le Top End, les Tropiques règnent en maître, passant de la saison sèche à la saison humide, sans jamais connaître les rigueurs hivernales.

Darwin, la capitale de 70.000 habitants d'où je repars seul, sommeille langoureusement devant la Mer du Timor, sortant de sa torpeur pendant quelques heures, quand le soleil part se coucher. Personne ne court ici, et rien ne presse. La climatisation permet aux habitants de vaguement tenter quelque paresseuse activité, mais cette fièvre retombe bien vite...

Le genre de ville où l'on pourrait se perdre, d'où l'on pourrait bien oublier de repartir, gagné par sa contagieuse et tropicale apathie, tels de vieux coloniaux hépatiques...

Où beaucoup se sont fait piéger déjà, en témoignent les marchés de nuit, lieux de rencontre de toute une faune de voyageurs perdant une âme, de ci de là, maigre de tropiques, au gré des petits boulots précaires...


Heureusement que pas très loin de magnifiques terres se profilent...

Dont le plus grand parc national du pays, Kakadu.

Il est traversé par des rivières aux noms évocateurs, East Alligator, ou South Alligator, évidemment remplies à ras bord de méchants crocodiles marins, nageant sournoisement, tels de vieux morceaux de bois, ou se dorant le cuir sur la berge, la gueule grande ouverte, à quelques mètres de toi !

Des accidents arrivent d'ailleurs à intervalles réguliers, quand des sauriens affamés se délectent de quelque touriste imprudent se promenant nonchalamment trop près de l'eau...

Dire que depuis Cairns il est « déconseillé » de se baigner alors que tant de plages se sont profilées sous le soleil de plus en plus épais !

Je cite : « Des crocodiles marins habitent cette zone. Leurs attaques sont dangereuses, voire mortelles. N'approchez pas de ces animaux. N'ENTREZ PAS DANS L'EAU. »


Ça donne le ton tout de suite, non ?


Ça va, le camping est à 500 mètres de la rivière, et seuls quelques wallabies sautillent à leurs occupations, au milieu de hordes de mouches, et de cohortes de moustiques immédiatement intéressés par nos peaux luisantes.

Qu'importe, quand l'on sait qu'à quelques mètres à peine, l'on assistera à l'un plus beaux couchers de soleil qui soit sur Terre.

Ubirr, au pied de la Terre d'Arnhem, offre aux hommes depuis très longtemps son plateau, dominant la grande plaine du Kakadu, et le soleil se couche ici au bout d'un horizon de verdure, découpé de billabongs et de méandres langoureux de rivières, reflétant les couleurs changeantes de l'astre déclinant.

Des kilomètres de nature se déroulent, vierges de toute activité humaine, et des centaines de cacatoès blancs et jaunes saluent de leurs cris disgracieux la venue de la nuit, tandis que les kangourous bondissent sans crainte.

Je suis retourné deux fois encore m'asseoir sur ce rocher venté, chaud du soleil de la journée, à contempler silencieusement, religieusement même, le soleil s'en aller doucement.

Peu de spectateurs parlent, tous comme frappés de stupeur, ou envahis par un sentiment de compréhension totale, de communion intime avec notre planète, et je comprends que ce lieu soit sacré depuis l'aube des temps chez les aborigènes, et qu'ils y aient laissé leurs traces, sous formes de magnifiques dessins rupestres, au long des falaises intenses de rouge et d'orange...


Litchfield NP, parc national de l'autre côté de la Stuart Highway qui coupe en deux le pays, du nord au sud, offre quant à lui de nombreuses cascades et bassins d'eau douce, où enfin, j'ai pu me baigner. Seuls des crocos d'eau douce vivent ici, et ils ne sont pas aussi dangereux que leurs monstrueux cousins. Il suffit de faire un peu attention, et de bien lire les panneaux !

Outre ces rafraîchissantes pauses, le parc est jalonné de pistes réservées au 4x4, et je peux dire qu'Edgar s'est régalé, traversant des gués plus hauts que ses roues pour atteindre quelque mine abandonnée, ou se lâchant à pleine vitesse le long de pistes tortueuses menant à de mystérieux mégalithes empilés hasardeusement, tels d'anciennes cités perdues.


Et demain je m'en vais, je retourne au Camp Bodeidei, chez François, au cœur d'Arnhem, pour 3 semaines.

Seul blanc installé de toute cette région, grande comme le Portugal, sur des terres que ses amis aborigènes lui ont donné, il a installé son camp au milieu de la forêt, à côté d'une source distillant une eau d'une pureté incomparable.

De vastes « pièces », largement ouvertes sur la nature environnante; des lits sous moustiquaire avec les arbres et le ciel comme panorama; des crânes de buffles ornent les arbres, trophées de chasse, côtoyant les peaux de crocodiles ou les dents de cochons sauvages.

Trois semaines à vivre au milieu des chevaux sauvages, des ânes ou des buffles investissant le camp à la nuit tombée... Je me demande d'ailleurs si François aura abattu l'asiné qui prétendait intégrer la cuisine à son territoire, à grandes revendications hihanesques à deux heures du matin, gobant les moindres éponge ou morceaux de savon malheureusement oubliés là...

Ni téléphone, ni internet. Et le courant de temps à autre, lorsque le générateur tourne. Et le chauffage (ingénieux) de l'eau des douches au feu de bois. Et la viande de buffle, délicieuse.


Ce sera, je pense, une expérience enrichissante, au contact d'aborigènes se souvenant peut-être encore un peu de leur passé, loin de l'hypocrisie des villes où l'alcool empoisonne leur sang et leur vole leur culture.

Une expérience de vie en presque autarcie, à la découverte d'endroits, de plantes, et d'animaux mystérieux, loin de l'Homme, sous la voûte étoilée qu'aucune lumière n'obstruera.


Bref, reprenez l'écoute dans trois semaines, d'ici là je me mets aux abonnés absents !!

Et j'en profiterai pour faire un peu le tri dans les photos, et vous en poster plein à mon retour.


Bises, et see you shoon...

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 15:12

Assis crânement derrière le volant d'Edgar, nous voilà partis pour une petite incursion vers le Nord, vers Cooktown, ou le Capitaine éponyme jetât l'ancre, tandis que la France frémissait de prémisses révolutionnaires. Avant d'entreprendre ce périple vers l'Ouest, qui devait nous amener à Darwin par des « routes » peu fréquentables, il fallait essayer la puissance du moteur, et l'adhérence des quatre roues du gros pépère, sur une piste réservée à Edgar et ses congénères.


Premier arrêt à Cape Tribulation, où les ennuis du découvreur anglais commencèrent. Pas les nôtres, loin de là...

La route, traversée par la Daintree River que l'on passe en ferry, en trois minutes est merveilleuse de pureté. De longs lacets, bitumés, nous enfoncèrent au cœur d'une forêt primitive, quasi inviolée, comme il en reste peu sur notre planète. D'époustouflants points de vue nous laissaient apercevoir de temps à autre l'Océan, léchant langoureusement des plages désertiques, où la main de l'homme n'avait que rarement mis le pied...

La nuit, à quelques pas de la grève isolée, au milieu de papillons, et de volatiles inconnus, sous l'explosion stellaire de l'hémisphère sud, fût d'une douceur et d'une tranquillité incomparables.


Et le lendemain, Edgar fût comblé. Attention, 4x4 indispensables sur ce chemin. Nous en croisions parfois, rouges et boueux, dans un nuage de poussière qui nous occultait la route durant de longs moments, le conducteur nous saluant d'un index nonchalant.

Montées pierreuses de trente degrés, descentes vertigineuses pour passer d'improbables gués, contrairement aux roues épaisses et crantées de la voiture, nous nous sommes éclatés...

Que dire de Cooktown, en vacances forcées pendant presque six mois, quand cette piste est inondée par les pluies diluviennes de la saison humide, le wet, et la coupe ainsi du reste du monde...

Tranquillité des rares habitants, frustes mais chaleureux, accueillant les étrangers que nous sommes à grands coups de « We'come ». La mode cet hiver est à la tongue noire.


L'appel de l'Outback, pur et orange, se faisait toutefois ressentir, nous attirant, tel le Professeur Tournesol, un peu plus à l'Ouest.

Atherton, Mount Surprise, Karumba, de l'autre côté de la péninsule du Cape York. Mer d'Arafara, noms magiques pour des bleds de quelques habitants, à peine, blottis au bord de la Savannah Way, survivant à peine des quelques rares voyageurs osant s'y aventurer.

Et toujours les pierres précieuses. C'est incroyable comme ce pays, à peine découvert, peut regorger de caillasses monnayables... Il suffit, à l'heure du pique-nique au bord de la route, de se baisser et de laisser courir ses doigts au long du sol, pour retirer, en quelques minutes à peine, d'innombrables quartz et autres pierres transparentes et colorées... Certes d'une pureté douteuse, mais qui sait !...


J'ai d'ailleurs compris, par hasard, pourquoi l'Australien est devenu mineur.

Connaissez-vous la mouche du bush ? Avez-vous entendu parler de ce fléau des terres intérieures ?

Une mouche me direz-vous, quoi de plus banal ? Une pichenette, et elle part vaquer ailleurs, à ses occupations typiquement insectoïdes.

Et bien non ! Pas ici !

Tu sors à peine de la voiture qu'en voilà une, qui se pose sauvagement sur ta peau, de préférence le visage, et si possible au bord de la narine, à l'intérieur de l'oreille, ou sur le blanc de l'œil. Et le festin commence... Elle appelle ses copines, et des nuées de ces bordel de merde de putain d'insectes te recouvre en quelques secondes. Impitoyables, horripilantes, ne réagissant qu'à peine aux gestes virulents de ta main exaspérée, que l'on appelle ici d'ailleurs le « salut du bush ». Pour te dire, on vend ici des chapeaux d'où pendent des bouchons, d'une esthétique douteuse, mais évitant ainsi une hypertrophie musculaire des avant-bras...

Et, désespéré, m'accroupissant au ras du sol dans ma quête de cailloux chatoyants, tentant par là d'oublier ce fléau avec une occupation divertissante, ô miracle, le nombre de ces épidermivores a diminué soudainement, atteignant presque le zéro absolu. De dizaines, il n'en restait qu'à peine six ou huit se régalant de ma personne !...

J'en ai donc conclu, avec un enthousiasme immodéré, que la proximité du corps avec notre terre nourricière éloignait cette pestilence, perdue quelque part entre la hauteur du nombril et du visage.

Et que l'Australien, coincé dans cette position, certes inconfortable, mais ô combien lucrative, a commencé ainsi à exploiter sons sous-sol, richissime.


Bref, comme dirait Bill Bryson, nous somme repartis, nous et nos mouches, vers Burketown, au long d'une route chaotique et infernale, où même la roadstation de Hell's Gate avait fermé ses portes, faute de passage... Il est vrai que nous croisions à peine deux ou trois voitures par jour, sous le regard intéressé des aigles tournoyant sans fin dans ce ciel d'un bleu éblouissant.

Le tout au son de la Traviata, de ACDC ou de Queen, effrayant les kangourous et autres émeus.


Nous avons dignement retrouvé le macadam à Daly Waters, 25 habitants, où nous avons planté la tente dans un décor pittoresque, entre Ennio Morricone et Clint Eastwood.

Cette ville-pub est tout simplement incroyable !

Les murs sont recouverts, du sol au plafond, y compris, de souvenirs divers et variés des clients de passage.

Pour la petite histoire, tout a commencé à la fin du siècle dernier, lorsque les habitués de l'endroit, fraichement payés, avaient l'habitude d'accrocher leurs billets au mur, estampillés de leurs noms, afin de se garder une poire pour la soif. Plus simple que de transporter ces quelques centaines de dollars durement gagnés, et de toutes manières destinés à être bus et pissés dans le seul endroit des environs proposant à leurs gosiers desséchés cette manne alcoolisée pour laquelle ils trimaient si durs.

Et de fil en aiguille, toutes sortes d'objets se sont retrouvés agrafés, de la ribambelle de soutien-gorges attachés au dessus du comptoir, certains si énormes que l'on ose imaginer sa propriétaire dénudée, au mur recouvert de petites culottes, de tongues, de passeports, de plaques d'immatriculation, bref, de tout, sauf de papier peint...


Et quelques centaines de kilomètres plus loin, après avoir été doublés par des road-trains de quatre remorques et plus, nous voilà à Katherine, aux portes de Kakadu et de la Terre d'Arnhem.

Nous avons récupéré enfin le réseau téléphonique, absent depuis Cairns, et une connexion à internet, qui me permet ce soir, avec joie, de vous faire profiter de ces quelques lignes.


Direction Bodeidei, où nous allons retrouver François, au sein de sa tribu aborigène, et partager avec eux des moments, je l'espère, inoubliables, immergés au cœur de cette population multi-millénaire, la plus vieille au monde.


A bientôt, pour de nouvelles aventures.

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 15:00
 

J'ai la joie et l'incommensurable honneur, si vous le permettez, de vous présenter mon nouveau compagnon de route : j'ai nommé, Edgar !



Après moult pérégrinations sur lesquelles je reviendrai très vite, et avant d'autres toutes aussi aventureuses, j'ai décidé, en mon âme et conscience, de partager dorénavant ma route australienne avec cet indéfectible compagnon qu'est devenu, je renomme, Edgar.


Edgar le Rouge, Edgar le poussiéreux, Edgar le puissant, Edgar l'indestructible.


Bref, Edgar, mon Mitsubishi Pajero, 4 roues motrices s'il le faut, gros pépère qui avale aussi bien le bitume des Highways que la terre rouge des routes secondaires du nord du pays.

Sealed ou unsealed, Edgar il s'en fout. Tant que son réservoir de 90 litres est rempli (c'est qu'il a faim d'essence le monstre), Edgar le 4x4 passe partout.


Bref, on applaudit Edgar.


Mais revenons à nos moutons, là où je vous ai laissé la dernière fois, à Hervey Bay.

Rappelez-vous : « demain on va voir les baleines ».


Belles, et bien au rendez-vous.

Imposants mammifères, insouciants cétacés, puisse la race humaine vous laisser un peu en paix.

Majestueuses envolées sous nos yeux ébahis, gracieuses plongées, surmontées d'un panache que François n'aurait pas dédaigné. Lenteur et douceur simultanées, dans un clin de gros œil, genre t'as vu ce que je fais...

Cette journée de beauté pure nous apportât en sus la renaissance du soleil, ô combien attendu dans la grisaille humide des jours précédents.


La Croix du Sud toujours nous repoussait, plus loin vers le Nord et sa chaleur inversée.

En bon capricorne, je passais son tropique au milieu de la ville de Rockhampton, capitale du bœuf australien. Et quel bœuf ! Si j'osais, je dirais qu'il a de sacrées couilles, la vache !!

En dessous de 600 grammes le steak, le cowboy te regarde bizarrement, et la succulence de cette viande, tendre et juteuse à souhait, te ferait presque oser la tranche de un kilo...

Sous l'avertissement du camping au bord de l'eau : Pas trop près des berges, attention aux crocos...


Mais fi de la mer, et cap à l'ouest. Comment résister à ces mots magiques sur la carte : Emerald, Sapphire et Ruby Valley...

Arrivée dans ces bourgades de quelques âmes à peine, fantômes de mineurs arborant des mains gargantuesques perdues au milieu de barbes hirsutes.

Regards malicieux, francs et fiers, un poil goguenards devant mes premières battées, mais toujours intéressés, interloqués, et avec le même éclat que les pierres qui y restaient...

Saphirs et Zircons, Quartz et attrape-couillons.

Souvenirs incomparables que la recherche de ces pierres, au milieu de perruches braillardes...


Et le début le l'Outback, déjà.

« Pas d'essence avant 200 kilomètres » annoncent les panneaux routiers.

« Pas » de tout en fait. Pas de voitures, pas de villes, pas de gens... Rien que le bout de la route, droite et infinie, qui miroite dans une sorte de mirage tremblotant au dessus de l'horizon.

Que des kangourous sur les bas-côtés, explosés dans leur imprudente traversée de cet axe routier peu fréquenté.


Nuit à Bilyando Crossing, seule trace de vie le long de ces 600 kilomètres de route désertique. Oasis au milieu du « Grand Rien » : Essence-Motel-Épicerie-Camping-Restaurant-Office de Tourisme. Avec les tenanciers autour du brasero, à qui il faut demander de répéter au moins 3 fois avant de comprendre le premier mot. Le T-shirt du cuistot tenait par les trous, et l'on s'est demandé s'il avait cuit nos hamburgers avec ses mains, ou si la noirceur de ses paumes venait d'un lointain ancêtre aborigène...


Charters Towers, et enfin, Townsville.

Retour au Pacifique, à la grande bleue, après cette infidélité passagère au début du milieu des Terres infinies.

Cette grande et agréable ville de 150.000 habitants possède, je pense, le plus bel aquarium de la planète. Construit autour d'un récif, l'on y voit évoluer toute la faune sous-marine de la région, folâtrant gaiement ou sauvagement au milieu de coraux somptueux. Requins pointes blanches tentant de croquer leurs homonymes léopards, plongeurs scientifiques essayant de les raisonner à bras le corps, tortues, poissons-scies à la pelle, mérous, hippocampes, perroquets, j'en passe et des milliers. Le tout ponctué de belles plages, surveillées par les life guards et les avertissements au sujet des méduses, potentiellement mortelles...


Pardonne-nous, ô océan tant aimé, mais la route nous éloigne encore un peu de toi, vers un parc national au nom enchanteur : Broadwater.

Hormis une brochettes d'australiennes éthérées et ethylées, hurlant à la lune telles des chiennes excitées, l'étape fût on ne peut plus enchanteresse. « Dindons » au milieu du campement, varan de 1m50 (au moins) le long des tables de pique-nique, cochons sauvages galopant dans les fourrés, arbres majestueux et vénérables autour de la clairière du campement, tellement larges que même nos chênes centenaires font figure de bambins à côté de ces colosses...


Et Cairns.

Grande capitale du nord.

Ville blottie le long d'une mer marécageuse, bordée de mangroves aux ombres peureuses. La promenade du bord de mer est surélevée sur un ponton de bois, le crocodile y faisant sa loi...

A tel point que l'on se baigne dans un lagon artificiel, en centre-ville. Point de ralliement de la jeunesse locale, et du Japonais photophage.

La grande barrière de corail, seul organisme vivant visible depuis la Lune, déploie au large ses bleus et verts intenses, changeants et miroitants. Toute la gamme Pacifique est ici rassemblée, en un concert muet de couleurs nuancées.

On dirait Cousteau à la télé...


Et Alain, qui m'a vendu Edgar après m'avoir prêté le van qui nous a ramené ici depuis Sydney.

Rencontre inoubliable avec ce français, au demeurant si éparpillé, mais d'une gentillesse et d'une serviabilité incomparables.

Alain qui m'a appris Edgar, avec qui j'ai visité les casses de la ville, qui nous a invité dans sa cage à poules, qui a passé des heures, et des jours, à fignoler mon gros pépère.

Au grand désespoir de sa secrétaire et de son emploi du temps.

Alain avec ses shorts à fleurs et son insouciance, son désintérêt et ses liasses de billets, toujours à moitié égarées...

Alain qui m'a aidé à enregistrer la voiture auprès des autorités. A ce sujet, savez-vous la plaque qu'ils m'ont octroyé ?



101 KRO... Faut le faire quand même non ???


A votre santé !

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 10:52
Ou 3 semaines passées entre Sydney et Hervey Bay, sur la Sunshine Coast.

Pendant que mon Pajero m'attend sagement à Cairns, nous voilà sur la route avec un van, genre Combi VW, matelas et bidons à l'arrière, et tout le toutim... 3000 kilomètres à faire avant les tropiques. La tête à l'envers et le volant aussi.

15 jours à Sydney, métropole de 4 millions d'habitants, se sont passés doucement. Tout ici paraît étrange et nouveau, comparé à notre vieille Europe. Malgré l'hiver, et ses 9° nocturnes, la végétation luxuriante et le ciel quasiment toujours bleu dominent la ville, donnant l'impression d'un été permanent.
Palmiers et flamboyants, ficus géants et palétuviers, tout ici incite au farniente.
Please walk on the grass and hug the trees annoncent les panneaux des jardins publics !
Les ibis se promènent nonchalamment dans le centre, en quête d'une nourriture facile, alors que les perruches volètent d'épaule en épaule, mendiant quelques miettes aux touristes ébahis.
Le tout sur fond d'Opéra grandiose et de « Harbour Bridge » enjambant la baie.
Rarement architecture et nature se sont aussi harmonieusement mélangées que dans cette grande cité de l'hémisphère sud.
Les ferries sillonnent le port au son de didjeridoos d'opérettes, maniés par quelques « aborigènes » tout aussi factices, posant aux côtés de badauds hilares et heureux.
Des sentiers côtiers, emplis de silence et de senteurs sillonnent la ville et l'on oublie très vite que la civilisation n'est qu'à quelques minutes de métro. Même les plages, telles que Bondi ou Manly sont à moins de 20 minutes, et les surfs encombrent les autobus, à « two bucks, mate », le trajet.
Cette ville entourée d'eau et de verdure est simplement envoûtante, et il fait bon y vivre.
Pendant que jeunes du monde entier se rassemblent ici, attendant la venue du Pape pour les « WYD SYD » (World Youth Days in Sydney, ou Journées Mondiales de la Jeunesse), les Australiens courent, jouent au rugby ou au frisbee dans les parcs ou entre les magnifiques buildings composant le centre-ville.
Les journaux ne parlent évidemment que de cela, et des florilèges de drapeaux de tous pays, surmontant des groupes excités traversent Hyde Park ou Circular Quay., au son de cantiques modernes accompagnés de guitares et de drums... Nonnes encapuchonnées, moines en robe de bure dévorant des hamburgers composent une mosaïque hétéroclite sous les regards des « Sydneiens » perplexes...

Mais l'Australie ne se résume pas ici, et il est grand temps de partir, et de courir les grands espaces !

La prise en main du véhicule ne s'est pas faite sans mal : mes doigts actionnaient systématiquement l'essuie-glaces à la place du clignotant, et je cherchais le levier de vitesse du côté de la portière... Sans parler des ronds-points, des feux de l'autre côté, et de cette fâcheuse tendance à rouler trop à gauche.
Mais bon, nous sommes sortis de Sydney tant bien que mal, évidemment à l'heure de pointe.

La première nuit s'est passée à l'arrache en bord de route, à Swansea, petite ville sans intérêt. Gonflage du matelas, déballage des draps et couette sous un lampadaire dans la fraîcheur d'une nuit d'hiver, ne nous ont pas coupé l'appétit et le seul restaurant de la ville a dignement empli nos panses affamées. Lendemain piteux, sans café ni douche, il est temps de s'organiser...

La Pacific Highway déroule son long ruban d'asphalte sous les roues du van. Bulahdelah, Coomba, Taree, Port Macquarie, Nambucca Heads, Woolgoolga... Consonances exotiques sur des panneaux tout aussi évocateurs : Kangourous sur les prochains 25 kilomètres, attention koalas !
Et nous voilà arrivés à Flynn's Beach. Ces petites localités, en grand et gras sur la carte, malgré leurs quelques centaines ou milliers d'habitant émaillent la côte et il est si tentant de s'arrêter dans chacune d'elles... Mais il faut bien choisir, un peu au hasard.
Ce petit camping en bord de mer paraît parfait pour l'étape, avec ses bungalows et vans bien rangés. Ici, résidents à l'année et backpackers se côtoient joyeusement dans une ambiance conviviale de vacances. Le ciel sans nuages résonne sous le caquètement des perruches et le coassement des grenouilles.
Bonheur de boire un café face aux rouleaux se fracassant sur la plage, au petit matin, tandis que les surfeurs sont déjà au boulot... La température grimpe doucement et les pulls ne vont pas tarder à être remisés au fond du sac, je le sens !

Après une courte étape, une route transversale s'empare du camion en direction de l'Océan tout proche. Les kangourous broutent dans le bush, levant à peine les yeux sur son passage. Nombre de leurs cadavres parsèment d'ailleurs les bas-côtés, et je commence à comprendre la nécessité du 4x4 et du pare-buffles... Personne ne doit leur avoir appris à bien regarder avant de traverser, les pauvres.
Cela dit, grillée au feu de bois, leur viande délicieusement juteuse et sucrée est succulente !
La soirée fût mémorable... Ici, la Voie Lactée, loin des feux de la civilisation, explose dans toute sa magnificence et tourne doucement autour de la Croix du Sud alors que la Lune se lève sur l'océan, à portée de doigts...
Et ce matin, au sein du Yuraygir National Park, la nature offre à nos yeux une débauche de couleurs, de senteurs et de bruits, où la présence de l'Homme semble parfaitement incongrue...
Toutes sortes d'oiseaux vaquent à leurs occupations, à quelques centimètres de moi, nullement impressionnés par ma grande carcasse penchée sur l'ordinateur.
La plage à quelques mètres, vierge comme aux premiers temps, s'étend de part et d'autre du van. Aucune trace de pas, aucun son si ce n'est celui des vagues accostant après leur long voyage Pacifique.
Solitude des premiers temps, qu'il faut bien abandonner pour continuer la longue route du nord.

Et la prochaine étape, Byron's Bay arrive doucement.
Mélange incongru de fermiers australiens et hippies new age, buvant des bières ensemble autour des braseros des terrasses de bistrots. Skate boards, dreads, magasins bio, loks fantasques, beaucoup ont dû oublié de repartir en s'arrêtant ici...
Bouh, réveil sous un crachin qu'un breton n'aurait pas dénigré...

Je pensais naïvement que le passage du New South Wales State au Queensland, Sunshine State, aurait ramené le soleil, magiquement, telle la frontière du Nôrd de Danny Boon. Macache...
Surfers Paradise...
Je cite : « De l'aveu de ses habitants, si Surfers Paradise était une personne, ce serait Paris Hilton : m'as-tu-vu, kitsch, fêtarde, et douée d'un sens aigu du style et de la promotion ».
Et bien c'est faux, c'est pire !!! On dirait un centre commercial, empli de MacDo, KFC & co, sur fond de buildings énormes et disgracieux. Seules les rouleaux parfaits sur la plage donnent un sens à cette ville de playmobils...

Après quelques coups de pieds à des mouettes voraces et des ibis pouilleux, qui tentaient sournoisement de nous taxer nos fishburgers, voilà Brisbane qui se rapproche.
Et s'éloigne. Trop de circulation sur le périphérique, trop de bruit, trop de monde, trop de tout...
Pas d'endroit où se poser pour la nuit, les hôtels complets ou trop chers, c'est la première galère du voyage... Après avoir tourné et retourné 3 ou 4 heures dans les banlieues, alors que la pluie commençait à tomber et que la nuit l'était déjà depuis longtemps, un camping nous case finalement dans un coin, entre un grillage barbelé et un gros 4x4, à Margate.
S'il existe un endroit au monde sans intérêt, nous l'avons trouvé ! Le front de mer est désespérément vide... Aucun commerce, aucun piéton, aucune lumière.
Rien.
Ha si, enfin, une station service et un pizza hutt éclaire enfin la noirceur de ce bled.
Heureusement que l'Australien est serviable et sympathique :
« Where can we have a glass of beer and a dinner, in a walking distance ? »
« Hemmm, hard... very hard... Aoow, yeah, I thin' ya can find at Bowls Club. Waitin' for my pizza and I drive ya if ya wan' »
Mais nos pieds aussi affamés que nos estomacs ont décliné cette généreuse proposition. Immense lieu, sans bowls ni clients d'ailleurs... Genre club de bridge ou de loto pour troisième âge. Deux tables garnies, sur une centaine disponibles, éclairées vaillamment par des néons éclatants, et entourées de Pokies, sortes de machines à sous incompréhensibles qui nous ont englouti 4 dollars en guise de dessert. Desserts offerts par ailleurs par la gentille serveuse.
Une soirée bien étrange, digne d'un feuilleton de série Z, tourné en 24x36 noir et blanc...
Et une nuit pire encore, rythmée par un déluge crépitant et résonnant sur le toit du camion, sans discontinuer.
Réveil dans la boue et la condensation. Les allées du camping s'étaient transformées en billabongs fournis, le ciel était opaque, menaçant, et la pluie tombait de plus belle.
Petit rayon de soleil dans cette grisaille mouillée, Bob m'attendait pour le petit déj dans un centre commercial de la banlieue de Brisbane. Je ne pensais que ce « vieux » bonhomme m'aurait autant manqué, avec ses airs hilares et sa tronche burinée.
Embrassades.
L'on s'est raconté à tour de rôle nos aventures devant un café bienvenu. Et le gris est revenu en force. Retour dans le van humide sur une route détrempée, surchargée de voitures et de camions, transformant le pare-brise en brise-lames...
La route est renommée Bruce Highway, et les nids de poule commencent à faire leur apparition, cachés sous les inondations de ce déluge sans fin.
Les chevaux pataugent jusqu'aux genoux dans les prairies submergées, les arbres disparaissent dans les lacs formés par ces lances d'eau.
Rough road, déprimante à souhait, où la concentration douloureuse devient très vite fatigue...
Temps exceptionnel, anormal, aux dires des habitants, qui n'ont jamais vu ça à cette saison.
Il est temps de s'arrêter.
Pour ne pas faire de conneries, d'une part, et parce que Hervey Bay, la destination du jour, est le dernier spot où l'on pourra voir les baleines, revenant vers l'Antarctique avec leurs petits.
Le camion est tellement humide que nous avons décidé de passer ici deux nuits, dans un motel, au chaud et à l'abri, pour tout sécher, se reposer, et attendre le soleil.
Heureusement, aujourd'hui il revient un peu, égayant de ses rayons cette jolie ville et ses 15 kilomètres de plage.
Et demain, nous partons à la rencontre de ces mammifères, géants des mers, qui eux aussi ont choisi cette baie pour se reposer et jouer avec leurs baleineaux, aussi curieux des humains que nous le sommes d'elles...
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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 10:03

Bon, pas trop le temps de faire literraire aujourd'hui, mais ca reviendra !!!

Et voilà...

 

Après avoir poireauté quelques 36 heures en face de la côte, attendant qu'une place se libère au port, le pilote australien nous a finalement pris en charge.

Blond, bronzé, et avec des lunettes de soleil, cela va sans dire.

 

Entré dans Botany Bay vers 15 heures, le bateau s'est amarré, à quelques encablures de l'aéroport.

Là ou Captain Cook a débarqué pour la première fois...

Un baleineau a même joué plusieurs minutes avec nous alors que nous franchissions les derniers mètres... Incroyable !!

 

Mais ce n'était que le début des surprises que cette île-continent me réservait...

 

High Security dans le port, et partout d'ailleurs, le pape arrive la semaine prochaine pour un genre de JMJ.

Il m'a fallu attendre 19 heures avant de pouvoir finalement choper un taxi et arriver à l'hôtel.

First of all, une bière, puis un petit tour de reconnaissance dans le quartier de King's Cross, mélange bigarré de backpackers, fast foods, et divertissements pour adultes !

Étrange sensation que d'être arrivé, être à terre, et ne plus sentir le bateau bouger sous mes pieds...

Je dois avoir l'air un peu bourré d'ailleurs quand je marche.

 

Réveillé tôt ce matin pour une longue balade de 8 heures à travers la ville.

J'ai ouvert un compte à la Australia New Zealand Bank, ça pète... Carte bleue à la poste mardi prochain, 15 minutes en tout et pour tout. Efficacité.

 

Puis, évidemment, Darling Harbour, le fameux pont (que l'on peut escalader) et l'Opéra (vraiment très beau !), avant de rentrer par le Botanical Garden. La saison débutera avec Don Giovanni.

Peut-être l'un des rares endroits au monde où, en plein centre-ville, perruches, ibis et autres zoziaux exotiques se promènent au milieu des badauds et des ficus de dizaines de mètres... Même ceux de Baja California ont l'air de nains à côté.

Moins rigolo, c'est aussi le seul endroit au monde où des chauves-souris de plus d'un mètre d'envergure te chient dessus, en plein jour !!!

Et merde...

 

La ville est belle, propre, les buildings parfaitement intégrés dans le centre.

L'australien se reconnaît facilement : il court. Genre culte du corps. Bronzés, blonds, les filles en jupe ou shorts, rieurs et sympas, ils ont l'air heureux de vivre.

C'est l'hiver ici, et l'on dirait un mois d'avril à Lille. Vent frais, mais soleil chaud quand il montre le bout de son nez à travers les nuages.

 

Demain, je commence mes recherches pour trouver la voiture qui me conduira autour et à travers ce pays immense, et peut-être un saut à Bondi Beach, THE plage de Sydney.

 

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 06:20

C'est terrible.

Demain nous aborderons la Nouvelle Calédonie, dernière escale de ce voyage vers Sydney.

Dans 5 jours, je serai redevenu un simple terrien parmi des milliards d'autres.

Finis ces horizons infinis de bleus changeants.

Plate la Terre alors qu'ici la Mer est ronde.

Réapprendre les foules et les multiples gris citadins...

 

Nous avons quitté les Fidji hier midi, et j'en reste émerveillé, quoique mitigé.

La mer y est magnifique, constellée d'îles et îlots aux noms évocateurs, Bounty Island, Treasure Island, Mamanuca et autres Monuriki.

Enchâssées dans un lagon vert, elles déroulent leurs chapelets le long de la côte de Viti levu, « île-capitale » dont la ville principale, Savu, nous échappera.

Apparemment, le port se trouve de l'autre côté, à Lautoka. Tu vois où ? Entre Ba et Nadi !

2 rues parallèles, défoncées, bordées de trottoirs de terre, et coupées de 3 ou 4 transversales composent la ville.

Étrange et joyeux spectacle que la diversité Fidjienne. Un peu Mélanésienne déjà, la population témoignait pourtant de son ancien statut de colonie britannique, Indiens et Cingalais côtoyant les habituelles confréries asiatiques.

Temples hindous, bouddhistes, mosquées et églises coexistaient ainsi dans une apparente sérénité.

Mais que de saleté...

Pas un bar ni un restaurant n'égayaient ces rues jonchées de détritus. Les emballages de hamburgers et autres reliefs de repas douteux s'accumulaient dans les caniveaux ou le long du front de mer, morne rue cimentée s'étirant artificiellement le long des eaux saumâtres du port.

Ici, pas de plage de sable blanc bordée de cocotiers, et l'imaginaire en prend un coup.

Et pourtant...

Le vaste parc se déroulant devant la mer, l'exotisme des magasins, des enseignes et des produits, la pluriculturalité et la gentillesse des autochtones pourraient rendre cet endroit plus sympathique qu'il ne l'est.

Mais les complexes hôteliers sont loin, et rares les touristes à s'aventurer par ici.

Alors la vie suit son cours, et de grandes affiches signalent dans les vitrines l'arrivée de produits nouveaux, alors que la Mama de l'office de tourisme tente de me convaincre de l'inutilité de son travail...

 

Bye Bye Lautoka.

Reste encore un peu à l'écart du monde et de ses masses migratrices, mais par pitié, nettoie tes rues !

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